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NOTRE DOCUMENT DU MOIS de DECEMBRE-JANVIER
Thème : L'Eucharistie pour les défunts
Parce que nous croyons à la résurrection, la messe pour les défunts est un don de soi dans la Communion des Saints. L'Eucharistie prend alors tout son sens. Elle demeure en effet, pour nous vivantsici-bas, la rencontre par excellence avec le Christ, dans son corps Mystique, à travers la Communion des Saints.
Il
n'y a pas de présence sans sacrifice : essayez donc de vous rendre vraiment
présent à quelqu'un, sans sortir de vous-même, sans porter plus d'attention
à cette personne qu'à vous. Car devenir présent est un acte d'offrande, une
livraison de soi. Sinon, on assiste, on "fait de la présence", mais notre
esprit vagabonde ailleurs. Toute présence vraie demande un sacrifice. Et tout
sacrifice est au service de la présence, parce qu'il exprime un don de soi.
C'est encore beaucoup plus vrai du Christ. Il se donne totalement parce qu'il
aime infiniment. Dans son Corps crucifié, il joint l'humanité au Père. De
ses bras ouverts, il embrasse le monde entier. 11 récapitule en lui le temps
et l'espace. Très tôt, la Tradition chrétienne a compris que l'oblation du
Christ ne pouvait délaisser ceux qui étaient morts avant lui. La Descente
aux Enfers a été comprise comme l'élargissement aux morts du salut effectué
en Jésus Christ. Tenir le Christ, c'est détenir l'histoire en Dieu.
La présence du Christ dans l'Eucharistie est la même que celle de son offrande
en croix. Jésus est présent non pas en accaparant, mais en se donnant. Une
présence par amour et non une présence de possession. Au bon larron qui l'implore,
il répond : "TSI seras avec moi" (Lc 12,43). Etre -avec : l'expression est
très fréquente dans le Nouveau Testament. Elle exprime la vie partagée avec
le Christ, la communion des personnes en Dieu. L'amour du Christ ne mélange
pas les êtres. Il les aime personnellement, un par un. Ce même amour devient
le principe de leur rapprochement. L'Église est une parce qu'elle est saisie
dans l'amour de l'unique Esprit. Morts et vivants sont liés par cette même
générosité de Dieu. Telle est la Communion des Saints.
Entrer dans l'amour de Dieu, dès le baptême qui nous introduit dans la vie divine ("participer à la nature divine", écrit même 2 Pierre 1,4), ne ressemble pas à une naturalisation qui, d'un étranger, fait définitivement un citoyen. Car l'amour de Dieu est infini, sans limite. Nous avons toujours à recevoir Dieu de Dieu. "L'amour ne cessera jamais" (1 CO 13,s). La vie avec Dieu est ainsi un amour qui se rend de plus en plus présent, de plus en plus personnel. Il nous fait partager la communion trinitaire.
Nos imperfections compliquent et nos péchés entravent cette participation. Notre liberté est blessée dans sa capacité à vivre de l'amour. Seule la présence aimante du Christ nous purifie et nous libère. Elle nous rend capables de vivre l'amour, Comme cet amour est un amour de communion, le Christ se rend présent par ses disciples. Prier les uns pour les autres, intercéder pour les vivants et les morts, montre à quel point l'amour du Christ nous rend vivants, donc actifs, de l'énergie même de l'amour. La prière délivre.
C'est ainsi qu'en offrant l'Eucharistie, nous portons dans l'amour de Dieu tous ceux que nous aimons et notre communion les introduit, par le Christ, dans la plénitude de la vie. La vie de l'homme entre dans la gloire de Dieu. Déjà Saint Paul écrivait aux Galates .. "Portez les fardeaux les uns des autres : vous accomplirez ainsi toute la loi du Christ" (6,2)
Mgr Albert ROUET
Evêque de Poitiers
(extrait de la revue "Chemins d'Eternité", mai-juin 1998,
n°169